Un Centre d’Accueil International pour l’ancien monastère de Ste-Croix

Projet de réhabilitation de l’ancien monastère de Sainte-Croix en Diois (Drôme)
Juin 2013 – ENSAG – Master 2 – sous la direction de Jean-François Lyon-Caen – Mention TB


[Site et situation]

Architecture religieuse et romane, site remarquable, territoire inconnu à mes yeux, une véritable attente des acteurs du lieu, un grand intérêt pour le patrimoine ancien et vivant, mes interrogations sur la réhabilitation d’un site historique…
C’est tout cela qui, au départ, m’incite à étudier l’ancien monastère de Sainte-Croix en Diois. Plus tard, de nouveaux intérêts attisent ma curiosité : plus les recherches historiques et archéologiques avancent, plus ma curiosité pour ce site grandit. C’est ainsi que commence cette étude de l’ancien monastère de Sainte-Croix.
La découverte du site est révélatrice. Montagnes arides, presque incultivables, calcaires, plantées ça et là de pinèdes odorantes, le Sud; mais la neige et le froid me font penser aux montagnes du Vercors.

Depuis la vallée de la Drôme, un promontoire s’élève dans le ciel, ancien emplacement stratégique de surveillance de la vallée par trois tours de guet médiévales. Là, plus bas, sous une ligne de crête redessinée par des maisons de pierres accolées, un bâtiment massif, carré, entouré d’un immense jardin… J’aperçois un, puis deux clochers, cela doit être le monastère… Site perché au-dessus de la rivière Drôme et dans le même temps, site de repli, enclos d’un muret de pierres. Proximité avec la place du village et l’architecture vernaculaire. Deux clochers sur le toit de l’église. Découverte des jardins… Ou comment être convaincue de l’exception d’un site…

« L’architecture d’un monastère ne se compose pas en assemblant des bâtiments, mais bien comme une sculpture, dans un bloc plein, massif »
Fernand Pouillon, Les pierres sauvages

[Questionnements]

A la question « Que peut-on faire de ce patrimoine ancien ? » posée par l’association Les amis du monastère, gestionnaire du centre d’accueil international installé dans l’ancien monastère de Sainte-Croix, d’autres questions s’ajoutent : quelle identité donner à cet ensemble monacal, ancien hôpital de la communauté des moines Antonins? Comment lui redonner une unité?

[Méthodologie]

Le projet de réhabilitation de l’ancien monastère proposé prend en compte l’ensemble du site monacal. A la dimension architecturale du bâti, s’ajoute la dimension paysagère par un aménagement des jardins, puis une échelle plus urbaine, relative à la relation de l’ancien ensemble monacal à son village.
En premier lieu, j’ai repéré les atouts du site pour en déceler ses caractéristiques fortes. Puis, il s’agissait de remettre en cause le programme des gestionnaires de l’ancien monastère afin d’élaborer un projet d’ensemble à long terme. Enfin, le projet d’architecture est développé en réponse aux besoins du site.

« Visiter à nouveau le site, essayer d’assimiler la forme et de la ressentir dans son ensemble »
Fernand Pouillon, Les pierres sauvages

[Diagnostic des lieux]

Dormir à l’intérieur d’un ancien monastère, à l’abri de vieilles pierres du XIe siècle, où nous savons que des moines ont vécu, construit l’imaginaire de ce site exceptionnel. L’histoire est importante, tant du point de vue de l’architecture du lieu, que celle des Hommes. Le patrimoine bâti fait l’identité du site.
En outre, l’atmosphère paisible qui se dégage de ce bâtiment historique est surprenante. Les usagers viennent chercher le silence.
Un site comme celui-ci est aussi un espace de libertés. Les arts et la culture se marient avec l’histoire du Diois. Nous ne venons pas chercher qu’un musée ou qu’une activité culturelle mais bien un ensemble qui inspire et libère les esprits, qui porte un imaginaire…
Enfin, ce qui me marque dans le discours des acteurs, c’est la volonté d’ouverture du site au public : « la première chose que nous avons faite quand nous sommes arrivés dans l’ancien monastère de Sainte-Croix en 2011, c’est d’ouvrir le grand portail ». Cette citation révèle une forte volonté de faire partager cet endroit à un plus grand nombre en ouvrant l’ancien monastère au village et au territoire.

[Les grandes lignes du projet d’ensemble]

Le projet consiste à travailler sur le bâti ancien, mais également sur une construction neuve tout en proposant un aménagement qui fait lien entre l’enclos monacal et le village. En plus du bâti qui compose l’ancien monastère, les 3 hectares de jardins emmurés ont été réhabilités en jardins thématiques. Ces jardins répondent à l’histoire du site puisqu’ils étaient exploités en jardin de plantes aromatiques et médicinales par les moines Antonins aux XI-XIVe siècles.

Jardins remis en valeur, redonner une lisibilité historique au site dans sa volumétrie et ses espaces intérieurs, ouvrir le lieu au territoire et aux gens, aménager l’intérieur du bâtiment cloître par des chambres et salles d’activités, intégrer les espaces de services sous les terrasses végétales, voici ce que je retiens pour le nouveau centre d’accueil international de l’ancien monastère de Sainte-Croix.

[Aménagement des espaces]

Par ce projet, le bâtiment historique est magnifié puisqu’il redevient visible. Il a un caractère de forteresse. Les jardins thématiques autour du bâtiment historique lui donnent de l’importance.
A l’intérieur, chambres, dortoir et cellules intercalent entre les salles d’activités. Les espaces de services sont essentiellement aménagés sous les jardins à l’Est.
La chambre en duplex sous toiture permet de maximiser le volume du bâtiment historique. Une fenêtre unique éclaire la pièce et donne vue sur la vallée de la Drôme et les jardins de l’ancien monastère.

[Critiques]

Par ce projet, il s’agit de redonner une cohérence au site. J’ai pu étudier un site à plusieurs échelles. Paysagère, par la valorisation des jardins et des espaces où l’on vit dehors. Architecturale, par le bâti en lui redonnant un caractère qui fait exception par rapport à l’architecture vernaculaire du village. Urbaine, par son ancrage au site et l’intégration de parcours également liés au territoire du Diois.
La redécouverte et la révélation du site seront sans doute liées à son histoire et à cette végétation domptée par les moines puis perpétuée sous d’autres formes d’agricultures spécifiques des plantes aromatiques et médicinales.
Les événements culturels, l’accueil des touristes, les possibilités de parcours et d’activités autour et sur ce petit bout de territoire, la mise en valeur du végétal, patrimoine en mouvement, font de ce site un lieu vivant.

Donner une autre vision des possibilités de réhabilitation est une des missions de l’architecte.